Le Parisien - 20 décembre 2004

Cent déshérités, héros de la fête à Versailles

« II faut aimer et donner, c'est cela le secret »
VERSAILLES, HIER MIDI.
Une centaine de personnes démunies se sont retrouvées pour fêter Noël avant l'heure.
 

 
Histoires de Noël

« ECOUTEZ, tout le monde ! Il paraît que le Père Noël est venu. » Monté sur la scène de la salle paroissiale, Daniel, le micro en main, fait rire l'assistance. L'homme n'a pas complètement tort. Cette année, le Père Noël n'a oublié personne. Au pied du sapin trônent des cadeaux pour Patricia, Christian, Nicole et tous les autres. Ils sont une centaineà avoir répondu hier à l'invitation de la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul de Versailles.


« La plupart de ces personnes n'auront pas de Noël. Elles sont seules, sans famille, sans amis. Notre but est de leur offiir un moment familial », explique Gisèle Bomal-Sateyen, présidente locale de l'association caritative. « Il s'agit de les mette à l'honneur. » A les voir tous attablés, on dirait une grande famille. Certains se connaissent à peine, d'autres pas du tout. Mais il n'empêche, l'ambiance est là. On se tape sur l'épaule. On s'embrasse. Des gestes anodins qui, pour certains des invités, représentent beaucoup. Pour l'occasion, les petits plats ont été mis dans les grands : chacun a préparé un petit spectacle, une chanson ou un poème.

Jean-Pierre, 45 ans, est venu de Maintenon (Eure-et-Loir) avec sa sœur, une habituée des goûters de Saint-Vincent Et malgré les kilomètres parcourus, il est plutôt content : « Cela fait tout drôle de voir toutes ces personnes. Ça fait chaud au cœur. Je n'ai jamais vu cela. La décoration est magnifique, le repas est superbe », confie-t-il, les yeux pétillants.
 
« Offrir un moment familial »
Christian, lui, passe de table en table comme à la maison, pour faire des photos souvenirs. Quelques minutes plus tard, il montera sur scène pour entonner une chanson savoyarde, lui rappelant sa région natale. Le temps d'un après-midi, ce quinquagénaire a oublié son quotidien : la rue. Ici, il est chez lui et il pense avant tout « à faire plaisir aux autres ».

Nicole non plus ne manquerait pour rien ce rendez-vous. « On rencontre du monde. Cest plus agréable que de manger seule », indique cette femme de 55 ans, sans emploi, qui espère bien retrouver certains de ces acolytes au prochain goûter. L'année prochaine.

Daniel, ancien détenu
DANIEL ne manquerait pour rien ce repas de fête organisé par les membres de Saint-Vincent-de-Paul. Il y a quelques années, un tel moment a changé sa vie. C'était à sa sortie de prison. Il ne savait pas où aller, et soudain on lui a ouvert les bras.
 
« J'ai fait de la prison pour trafic international de stupéfiants. A ma sortie de prison, j'étais seul. Je suis entré en contact avec les membres de Saint-Vincent-de-Paul. Et depuis je ne les quitte plus, explique le quadragénaire, qui est le premier à mettre l'ambiance.
A
ujourd'hui, je fête Noël avec tous mes amis, tous les éclopés de la vie. Nous sommes tous des esquintés de la vie, et là nous nous retrouvons entre amis. On mange, mais surtout on partage. C'est pas compliqué, nous allons à l'essentiel et ça marche. Il faut aimer et donner, c'est cela le secret C'est un moment de soleil. »
VÉRONIQUE BEAUGRAND