n°1545 du 25 au 31 août 2007, pp. 4 à 6

Au service des plus pauvres
« Les vacances, c'est pas un luxe ! »
Un enfant sur trois en France ne part jamais en vacances. Une réalité prise à bras-le-corps par les bénévoles de la Société Saint-Vincent-de-Paul, qui fêteront en septembre le 10e anniversaire de la béatification de leur fondateur Frédéric Ozanam. Cet été, ceux de Dunkerque ont accueilli des familles pauvres du Nord au bord de la mer.
Reportage SAMUEL PRUVOT. PHOTOS : RICHARD BARON / IIGHTMOTTV, POUR
FC.


« Ici, on peut se vider le cerveau ! » Pour toutes ces familles originaires de Lille, de Roubaix ou de Tourcoing, la plage de Leffrincoucke est un bol d'air inespéré. [...]

À la pointe septentrionale de la France, Leffrincoucke est un bout du monde qui répond au besoin d'évasion des protégés de la Société Saint-Vincent-de-Paul. Ils n'en reviennent pas de pouvoir se la couler douce une semaine, face à la mer du Nord. [...]. C'est les vacances, les vraies ! [...]
À Dunkerque, le royaume de Jean-Pierre est un garage rempli de boîtes de conserve. Dans cette caverne d'Ali Baba, chaque conférence (groupe local de vincentiens) trouve les provisions nécessaires pour confectionner des colis aux familles qui vivent sous le seuil de pauvreté. Une enquête récente menée sur cent cinquante familles donne une idée de leur profil : dans plus de 50 % des cas, un chef de famille frappé par le chômage [...] ; beaucoup de femmes seules aussi, avec plusieurs enfants en bas âge. [...]

Pour faire partir soixante familles [...] Jean-Pierre a trouvé un montage financier avec la Caisse d'Épargne et l'Association nationale des chèques vacances. Le camping trois étoiles Mer et vacances de Leffrincoucke en accueille quarante-deux durant l'été.

Dans cet établissement familial juste une centaine de jolis mobile homes blancs plantés derrière les dunes. « Les touristes en batterie, ça ne m'intéresse pas », commente le jeune directeur qui met un point d'honneur à loger une famille Saint-Vincent-de-Paul dans son mobile home de fonction. [...] Voilà une philosophie qui colle au projet vincentien.


Premières vacances en famille

Cette semaine, Jean-Pierre est venu chercher trois familles en gare de Dunkerque. Elles n'ont pas les moyens d'avoir une voiture mais transportent des tonnes de bagages. Cela fait si longtemps que les enfants rêvent de vacances à la mer. « Dunkerque vaut bien Toulon en jours d'ensoleillement, glisse Jean-Pierre avec malice. La différence se situe au niveau des températures » Aujourd'hui, le thermomètre ne franchit pas la barre des 20 °C. Mais, sur le quai de la gare, les enfants ont déjà l'impression d'avoir les pieds dans l'eau.