Cahiers
OZANAM - n°161/3-2003 |
Lorient : visiter et réinsérer
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Visite
et réinsertion des détenus : une mission
dont témoigne Anne-Marie, membre de la Conférence
Saint-Vincent de Paul de Lorient et déléguée
de "Vie-Libre-Prison", qui se rend
chaque semaine, depuis treize ans, au Centre pénitentiaire
de Ploërmel dans le Morbihan.
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| Dans
le cadre du mouvement Vie libre, je rencontre
plus particulièrement des personnes détenues
pour des délits commis sous l’emprise
de l’alcool. Nous avons chaque semaine des entretiens
individuels et chaque premier vendredi du mois une
réunion de groupe où nous débattons
autour d’un thème.
Lever le voile sur la vie de ces hommes en prison
n’est ni approuver, ni excuser ceux qui pour
un temps sont mis à l’écart de
la société ; c’est chercher à
comprendre l’homme dans sa réalité
et toutes ses dimensions pour lui permettre de se
relever et de retrouver sa dignité. On ne naît
pas délinquant, on le devient et nous recherchons
avec eux le “pourquoi ?”
Les
détenus sont des hommes comme nous, souvent
mariés, pères de famille ; leurs aspirations
sont les mêmes que celles des autres travailleurs
: un mieux-être pour eux-mêmes, pour leurs
familles et leurs enfants. L’opinion publique
classe rapidement les détenus en fonction de
l’acte qu’ils ont accompli, malheureusement,
un jour : c’est un meurtrier, c’est un
voleur, un tricheur, un violeur..
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Mais
l’homme est plus grand que l’acte délictueux
qu’il a commis et on ne définit pas un
homme par quelques instants d’égarement.
Néanmoins, l’acte accompli, il faut en
assumer les conséquences.
Il
faudrait presque être passé par là
pour savoir et comprendre ce qui se passe dans la
tête et le cœur de celui qui est enfermé.
Je voudrais simplement sensibiliser l’opinion
publique à tout ce qui serait positif et bénéfique
pour une meilleure réinsertion de ces personnes
qui demeurent des êtres humains. Je voudrais
aussi démontrer l’importance de l’accompagnement
par des bénévoles qui leur apprennent
à redécouvrir que tout est possible
en les préparant à un nouvel avenir
dès leur sortie. Je crois personnellement à
l’importance de cette action qui doit se développer
de plus en plus dans les prisons pour que renaisse
l’espoir.
Ceux
qui ont pu prendre conscience de leurs problèmes
(alcool drogue) et des conséquences que cela
peut entraîner ont de grandes chances de reprendre
leur route mais face à tous les problèmes
rencontrés dès la sortie (chômage,
solitude, isolement) pourront-ils tenir seuls et sans
amis ? |
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Cela
ne peut me laisser insensible et c’est pourquoi,
armée d’une foi profonde, je continue
de croire et d’espérer que nous pouvons
et devons oublier cette étiquette pénale
pour que ces personnes qui sont aussi nos frères
retrouvent leur véritable identité et
leur place dans notre société. Comment
peut-on les juger quand nous écoutons le récit
de leur vie, les conditions dans lesquelles la plupart
d’entre eux ont vécu ?
J’ai
la chance et la joie d’appartenir à la
Société de Saint-Vincent de Paul et
cela donne à l’action que je mène
au titre du mouvement Vie Libre une dimension autre,
spirituelle. Je suis convaincue que cette appartenance
me donne la possibilité d’aller plus
loin, plus profond, en instaurant une relation de
confiance et d’amitié leur permettant
de ne pas se décourager, de retrouver confiance
en eux-mêmes en se sentant aimés et reconsidérés.
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| Un
sens sans amour ?
Comment
en effet l’amour de Dieu peut-il être
révélé à ces hommes, à
ces mal-aimés qui ont déjà tant
de peine à croire à la gratuité,
au désintéressement sinon à travers
une amitié humaine ? Et sans amour notre propre
vie trouverait-elle un sens ? Saint Vincent de Paul
est sans doute l’un des témoins les plus
marquants de cette miséricorde de Dieu à
l’égard des prisonniers. Qui n’a
été frappé et ne conserve en
mémoire l’image de Monsieur Vincent prenant
la place d’un galérien à son banc
de rameur ? Membre de la Conférence de Saint-Vincent
de Paul de Lorient, j’ai eu la chance de rencontrer
des personnes agissant dans des secteurs d’activités
complémentai-
res et tendant toutes à remettre debout des
personnes ayant perdu tout espoir. L’un |
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s’occupe de l’attribution de logements,
un autre de la gestion du budget, d’autres simple-
ment d’aide alimentaire ou matérielle,
de soula gement moral ou de réconfort...
Mais je voudrais très
fortement insister sur un point qui me paraît
essentiel : la réinsertion par le travail.
Travailler relève certes
d’une nécessité économique
mais il est vrai aussi que cette activité nous
confère une place dans la société.
La situation, comme son nom l’indique, «
situe l’homme » ; elle lui confère
un rôle qui lui permet de s’identifier
et d’être identifié.
J’ai
eu la joie, par et à travers la Conférence,
de rencontrer des chefs d’entreprises qui demeurent
attentifs à ceux qui sont méprisés
ou condamnés au rejet. Certains n’hésitent
pas à donner de leur temps pour ces personnes
que beaucoup rejettent et parfois même à
leur procurer du travail. |
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Grâce
à de tels comportements empreints d’humilité,
de compréhension, ils démontrent de
façon très concrète et mieux
que par des paroles que ces hommes sont leurs frères
et ils rendent notre société plus humaine.
Par leur bienveillance ces chefs d’entreprises
répondent à un besoin fondamental et
à une attente réelle de ces personnes
marginalisées.
Malgré
quelques échecs, nous enregistrons plusieurs
cas de personnes relevées et remises dans le
circuit de l’emploi. Le travail leur redonne
une autonomie, les aide à concrétiser
certains projets, leur apporte un confort moral et
financier, un meilleur équilibre familial...
etc. Après
avoir vécu certaines expériences de
cette sorte, je désire ardemment continuer
car cela représente pour moi une mission. Ce
qui compte essentiellement à mes yeux c’est
la relation fraternelle qui s’instaure par le
simple fait de nous rendre disponibles pour ces personnes.
Nous
y puisons pour nous-mêmes les « vitamines
» nécessaires à notre action et
surtout nous permettons à des frères
de retrouver la dignité le courage et la persévérance.
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