Si près, si loin de la souffrance,
le Logis Ozanam comme un reflet du bonheur

T
out respire l'harmonie au Logis Ozanam qui, depuis 22 ans,
loge des familles d'enfants et d'adultes hospitalisés,
sans aucune subvention, grâce au travail de 50 bénévoles.

Article de Dominique Billaud paru au Courrier de l'Ouest
C'est une maison double au bout d'une courte impasse aux pavés disjoints, loin du tohu-bohu de la ville, au cœur de la Doutre. Un havre de paix, de douceur, presque de tendresse. Quinze chambres bonbonnières, d'une propreté irréprochable. Un salon vert anglais. Des terrasses, pour les beaux jours.

P
lus d'un indice montre que ce n'est pas un hôtel : une pensée au mur, dans le vestibule : « J'ai peine de votre peine » ; le prix des chambres (12 € pour une personne, 14,50 € pour deux, plus 2 € pour le petit-déjeuner et 3 € le paquet de linge lavé, séché et repassé). On se sent comme en visite chez des amis discrets, pour quelques jours ou davantage. Ici ou là, une Vierge discrète rappelle bien que le « Logis », créé par la Société Saint-Vincent de Paul, porte le nom d'un juriste qui, au XIXe siècle, secouait les bonnes consciences assoupies et aidait les miséreux, à Paris. Mais, sans renier l'héritage, l'équipe d'Ozanam se veut « laïque ».

L’hôpital, tout près

Dénominateur commun des résidants : venus d'ailleurs, parfois de loin, ils accompagnent, au CHU ou au centre Paul-Papin, un parent, un proche. « Si vous voulez les rencontrer, venez donc à 8 heures, pour le petit-déjeuner », avait suggéré Simone Cravignac, la responsable de la maison.

8
heures, donc, dans la cuisine. Léone, 69 ans, vit à Moulins, dans l'Allier. Au rythme de « cinq jours, en moyenne à chaque fois » elle vient rendre visite à sa vieille maman à la maison de retraite Saint-Nicolas. Elle en est à son « 18e séjour » au Logis. Bernard, Mayennais de 77 ans, ne restera que deux nuits, « le temps de repartir avec ma femme qui se fait opérer de la cataracte ». Claudette, sexagénaire de la Rochelle, est ici pour la quatrième fois, pour réconforter sa sœur « en chimio à Paul-Papin ; elle a eu la polyo et se déplace en fauteuil ». Et Colette, 50 ans, de Mortagne-sur-Sèvre, pour son mari, opéré « d'une hernie discale ». Une autre femme s'esquive, blême, mâchoires serrées, en larmes ; un bloc de silence et de douleur. « Son fils... Très dur », murmure Simone, ex-infirmière, qui tient la barre du Logis chaque matin, bénévolement. « Mon mari est compréhensif. Il faut bien : cette maison c'est ma passion ».

Aucune subvention

À
chacun son fardeau, plus ou moins lourd. L'autre jour c'étaient « des Italiens, accidentés en camping-car du côté de Saumur ». Simone et ses équipières ont appris à « sentir les choses », à « ne pas s'imposer », à « être juste à l'écoute. Ici c'est comme une grande famille ». Quelle recette pour ce rapport qualité-prix, cette écoute, ce cœur ouvert ? « 50 bénévoles unis comme les doigts de la main qui, depuis 22 ans, se relaient jour et nuit, 365 jours par an. Nous n'avons jamais demandé un sou de subvention à quiconque ».


Petit-déjeuner convivial à la Maison d'accueil. « C'est dur de se retrouver seul
à une table d'hôtel »

L
iliane est l’un des deux « agents de collectivité » rémunérés par l'Etat. Elle sert du rab de chocolat, le sourire épanoui. « Et ici il y a le contact. Rien à voir avec l'usine du Restau Universitaire où je servais avant ». Simone feuillette les livres d'or de la Maison. Il arrive que l'encre ait bavé, peut-être à cause de larmes de douleur ou de joie. Ils craquent de mercis, de mots d'amour, d'amitié, de dessins, de photos. Beaucoup de bébés. « Les parents les photographient "avant", "après" : prématurés de 500 ou 600 grammes puis à leur premier anniversaire. Une façon de dire à ceux qui arrivent "ayez confiance !" » Simone Cravignac appelle ça un « reflet du bonheur ».

D
ominique Billaud
Logis Frédéric-Ozanam,
8 impasse du Sauvage, rue de la Harpe
49100 Angers