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n. 1505 du 18 au
24 novembre 2006
« Vous revenez quand ? »
Par Benjamin Coste. Photos : Flore-Aël Surun / Tendance
Floue
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À Mende (Lozère), des personnes,
âgées pour la plupart,
vivent en dehors de l'« espace-temps »
de leurs contemporains.
Les bénévoles de la Société
de Saint-Vincent-de-Paul
leur proposent un répit dans leur désert
relationnel.
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C’est
une grande maison grise adossée à
un potager. Là, Élise, 84 ans, habite
seule depuis le départ du dernier de ces
trois enfants en 1983. Son mari est décédé
dans un accident du travail alors qu'elle n'avait
que 49 ans, et elle a choisi de ne pas refaire sa
vie avec un autre homme. Élise est un peu
la grand-mère idéale : coquette dans
son petit pull jaune canari, souriante, un peu dure
d'oreille, et reine des courgettes farcies.
Malgré
son âge, et quand le rude climat de Mende
le lui permet, elle descend encore volontiers après
le petit-déjeuner dans son jardin « regarder
les fleurs pousser ». Seule. L'après-midi,
elle se repose dans son fauteuil. Toujours seule.
Jusqu'à peu, Élise lisait beaucoup.
Mais depuis 2001, sa vision s'est gravement dégradée,
ce qui l'empêche de lire, ou de regarder la
télévision. Pour la même raison,
elle a aussi arrêté de faire des sorties
avec l'association des veufs de Mende. «
Pour passer le temps, je revois en pensée
mes voyages comme dans un film. »
Après le dîner, elle retrouve son fauteuil
inclinable et écoute Evelyne Adam sur France
Bleue. Puis, vers 22 h 30, elle éteint tout
et monte se coucher.
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Secrètement néanmoins,
elle envie la vieillesse de ses aïeux, «
quand tout le monde vivait sous le même toit,
enfants, parents et grands-parents. Maintenant,
je n'ai personne pour m'ap-porter ne serait-ce qu'une
tisane quand je suis malade ».
Élise a des voisins très gentils,
« mais dans la journée,
tout le monde travaille ». Dans
ce désert quotidien, Geneviève représente
pour Élise une véritable oasis. Douce
et discrète, retraitée et veuve elle
aussi, elle est bénévole depuis trois
ans de l'antenne mendoise de la Société
de Saint-Vincent-de-Paul. Responsable des visites
à domicile, elle-même en effectue en
moyenne trois par semaine. Et elle met un point
d'honneur à valoriser les personnes qu'elle
visite : « Elles
m'apportent autant que je leur apporte. Elles ont
besoin de parler, de raconter leurs souvenirs, de
sentir qu'elles existent pour quelqu'un. Si on leur
téléphone, c'est qu'on ne les oublie
pas... ».
| « La
moitié de mes amis sont morts »
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'Élise
fait partie de ses hôtes habituels. « J'ai
beaucoup de plaisir à la voir. Geneviève
ne m'apporte que des bonnes choses et m'évite
de brasser de mauvaises pensées »,
dit Élise de son amie.
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« On échange nos petits soucis, nos
recettes de cuisine... Et quelques confidences ! »,
glisse Élise. « Quand
j'étais jeune, je n'étais pas bavarde.
Avec l'âge et l'isolement, je le suis devenue... »
Pour Geneviève, il est l'heure
de quitter Élise. On s'embrasse, un petit
geste pour réajuster le col du chandail de
la vieille dame. «
Vous revenez quand ? »,
s'inquiète déjà Élise.
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La
fin d'une nouvelle journée de solitude pour
Élise, qui n'aura pas ouvert la bouche du
matin au soir. Elle dit pouvoir passer des semaines
entières sans voir personne en dehors de
l'aide ménagère.
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« Besoin
de sentir
qu'on existe pour quelqu'un »
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D'un
pas rapide, Geneviève arpente les rues du
vieux Mende. Elle a rendez-vous avec Thérèse.
La bénévole de la Société
de Saint-Vincent-de-Paul s'arrête devant un
petit immeuble à la façade rosé.
Quatrième étage. Thérèse
ouvre la porte. À 77 ans, elle ressemble
à une petite fille avec sa barrette et ses
moues enfantines.
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Ses trois enfants ont construit
leur vie loin de la Lozère. Même la
fête de Noël peine à tous les
réunir. Élise ne leur en veut pas.
« Je leur dis de
bien profiter de la vie tant qu'ils sont jeunes,
car, quand on vieillit, tout devient plus difficile.
»
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Pourtant, la vie ne l'a pas épargnée.
Veuve depuis 1980, elle vit seule avec l'un de ses
fils, malade. Bientôt arrière-grand-mère,
elle a eu cinq enfants. L'un est mort. Elle n'a
pas beaucoup de relations avec les autres à
part Christian, atteint de la maladie des os de
verre et qui vit sous le même toit que sa
mère.
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