LES DERNIERS JOURS DE FREDERIC OZANAM

Extraits d’un article de J.-M. MAURIN paru dans Les Cahiers Ozanam n° 1-1983 (suite)
 
 

« Voilà un voyage terminé. Je vais en faire un autre ; mais à présent que je vous ai remis notre Amélie Dieu fera de moi ce qu'il voudra ». Transporté du bateau dans la chambre préparée pour le recevoir, il fut accablé par de nouvelles crises et se coucha aussitôt en arrivant. C'était une maison garnie, 9, rue Mazade. Une annonce retrouvée dans l’« Indicateur Marseillais » de l'époque nous apprend que, composé d'appartements fraîchement meublés et décorés, cet établissement tenu par Claude Imbert, 9 et 11 rue Mazade, dans le plus beau quartier de la ville, à côté de la Préfecture.
[…]

Les jours qui suivirent l'arrivée d'Ozanam à Marseille furent mêlés d'alternatives sur l'issue desquelles ne pouvait plus planer le moindre doute. Quoique possédant la plénitude de ses facultés, le malade gardait presque constamment le plus profond silence. Ne peut-on penser qu'il se recueillait en Dieu pour se préparer à sa fin ? […]

Alertés par une circulaire de Monsieur Verger, président du Conseil central de Marseille, en date du 5 septembre, les membres des conférences de la Ville se firent un devoir de prier pour leur vénéré confrère. Ils sollicitèrent, avec insistance, la consolation de le voir encore une fois, s'offrant même à le veiller la nuit ; mais l'état d'Ozanam était trop grave pour qu'on pût accéder à leur désir. Quelques-uns d'entre eux, cependant, furent témoins de la touchante cérémonie des derniers sacrements qui eut lieu le 5 septembre. Ils accompagnèrent le curé de la paroisse apportant le viatique, tandis que les passants se découvraient devant cette procession improvisée. Tous furent émus jusqu'aux larmes et profondément édifiés du calme, de la douceur même avec lesquels l'illustre malade voyait venir et accueillait la mort.

 

Ozanam reçut avec une ferveur extraordinaire la sainte communion ; puis sa femme s'approcha de lui et la main dans la main ils firent devant Dieu le sacrifice lui de sa vie et elle de son mari. Tandis que le prêtre consolateur qui l'assistait cherchait à l'exciter à la confiance en Dieu il lui répondit : « Et pourquoi le craindrai-je ? Je l'aime tant ». Après quoi le coma s'empara de lui. Il se réveillait de temps à autre pour prononcer quelque oraison jaculatoire pour remercier et bénir ceux qui le soignaient et retombait aussitôt dans son assoupissement.

Au matin du 8 septembre, aucun indice de la fin n'avait alarmé son entourage ; cependant vers 7 h 1/2 du soir tandis que ses deux frères et sa femme veillaient auprès de lui, la respiration devint difficile et moins régulière. A un moment on le vit ouvrir les yeux, soulever les bras et on l'entendit s'écrier d'une voix forte : « Mon Dieu ! ayez pitié de moi ». Ce furent ses dernières paroles.

L'agonie commença. Sa femme la première se jeta à genoux ; puis toutes les personnes de la maison. La pièce voisine était remplie de confrères de Saint-Vincent de Paul pieusement agenouillés. Son frère l'abbé récita les prières de la recommandation de l'âme. Quand elles furent terminées il se fit un grand silence entrecoupé de sanglots. Il était 8 heures moins 10 minutes du soir lorsque Ozanam rendit le dernier soupir entre les bras de ses parents et d'Alexandre Pascal, président de la conférence de Saint-Cannat. C'était un jeudi et la fête de la Nativité de la T.S. Vierge qu'il avait beaucoup aimée et priée. Il avait vécu 40 ans 4 mois et 16 jours. [Pour accéder à l'histoire complète de Frédéric Ozanam]

 

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