LES DERNIERS JOURS DE FREDERIC OZANAM

Extraits d’un article de J.-M. MAURIN paru dans Les Cahiers Ozanam n° 1-1983
 
 

C'est presque par hasard, pourrait-on dire, que Frédéric Ozanam est venu mourir à Marseille. Une grave maladie le minait depuis longtemps. Pour essayer d'en conjurer les effets, vers la fin de 1852, le Ministre de l'Instruction publique Fortoul avait confié à son ancien condisciple du collège de Lyon une mission littéraire en Italie. Proposer à Ozanam de poursuivre ses études sur cette Italie de Dante et de saint François d'Assise dont il avait été l'historien, cette Italie qu'il considérait comme une seconde patrie intellectuelle. N'était-ce pas le plus ingénieux des prétextes pour lui dissimuler la gravité de son mal ?

Né le 23 avril 1813, à Milan, alors ville française, où des revers de fortune avaient conduit son père, il était revenu souvent vers ce berceau de son enfance. C'est en décembre 1852 qu'il s'y rendit pour la quatrième fois. Revenant de Bayonne et Dax avec sa femme et sa fille, il s'arrêta à Marseille où il trouva sa belle-mère, Madame Soulacroix, qui y avait de la parenté. […]

Frédéric Ozanam visita l'antique sanctuaire de Notre-Dame de la Garde et, ayant pris contact avec Monsieur Charles Verger, juge au Tribunal civil, président de la Société de Saint-Vincent de Paul à Marseille, il fut heureux d'apprendre que les conférences de la ville comptaient déjà 400 membres. Ce chiffre, à première vue, pouvait paraître exa¬géré. Il était cependant exact. Un registre retrouvé aux archives de la Société, porte, en première page, l'inscription suivante : « Ce registre est la propriété de Monsieur C. Verger, président général des conféren¬ces de Marseille. Offert, en souvenir, par son tout dévoué secrétaire général, François Margerel, le 23 mars 1853 ». […]

Donc, Ozanam et sa famille ayant rencontré, à Marseille, Madame Soulacroix, celle-ci se joignit à eux pour le reste du voyage au terme duquel elle devait se rendre à Rome où se trouvait son fils. […]

De Gênes à Livourne, la traversée sur la « Marie-Antoinette » fut horrible. Elle dura 14 heures. Le débarquement, sous une pluie battante, acheva de tremper les passagers jusqu'aux os. Le 10 janvier 1853, Ozanam arrivait enfin à Pise, enrhumé, fatigué, mais valide encore.




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Les médecins qui avaient conseillé à Ozanam d'aller passer l'hiver à Pise lui avaient assuré qu'il y trouverait le climat sec et chaud nécessaire à son rétablissement. Malheureusement, pendant tout le temps de son séjour, il vécut au milieu d'un véritable déluge. L'enflure de ses jambes allait en augmentant. A ce signe, on reconnut, un peu tard, qu'il s'agissait d'une assez grave albuminurie. […]

Tant de labeurs joints à des intempéries inaccoutumées dans ce pays achevèrent d'ébranler sa santé chancelante. A la fin du Carême, il était si souffrant qu'il pensa sérieusement à se préparer au dernier sacrifice. C'est à cette époque, 23 avril 1853, 40e anniversaire du jour de sa naissance, qu'il écrivit son testament. Au printemps, l'avis des médecins fut qu'il devait s'éloigner de Pise pour aller s'installer au bord de la mer. […] Hélas ! malgré tous les soins, toutes les prévenances de l'amitié, la maladie faisait des progrès alarmants. Ozanam ne pouvait plus marcher qu'en s'appuyant sur une canne... Il parlait peu... Une profonde mélancolie se lisait sur ses traits...

Mandé par télégramme, le docteur Charles Ozanam accourut. On approchait du 15 août. Leur autre frère, l'abbé Alphonse Ozanam, les rejoignit après l'Assomption. Le mal était sans remède, on ne le savait que trop ; mais on pensa qu'il serait moins amer au pauvre malade de rendre le dernier soupir au sein de sa patrie. Son état était si grave que les médecins hésitèrent longtemps avant de se prononcer. On décida, enfin, qu'il fallait l'embarquer au plus tôt pour Marseille.

Le 31 août, il prenait passage, à Livourne, sur le Vapeur « Industrie » qui devait le ramener en France. […] Dès qu'il aperçut les côtes de Provence, Ozanam éprouva une grande joie de revoir sa patrie, bien que ce fut pour y mourir bientôt. L'« Industrie » fit son entrée dans le port de Marseille le vendredi 2 septembre. […]

En mettant pied à terre, Ozanam, apercevant sa belle-mère et les membres de la famille de sa femme venus pour le recevoir, leur dit, bien convaincu de sa fin prochaine : pour lire la suite cliquer avec votre souris sur "suite"

 

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